partie 1 [confusion, amalgame et joyeux bordel]

 

Les artistes populaires se sont toujours invités dans les musiques de films au travers de leurs chansons. Certains vont plus loin en participant à l’écriture du thème musical. Pour le public, souvent, ils FONT la musique du film dans un joyeux amalgame pour lequel il sera facile de débusquer le coupable. Ainsi on a pu lire que FatBoy Slim a écrit la musique de Moulin Rouge, que Moby a écrit la musique de Heat et pas Elliot Goldenthal...
interview(François Joncour) Les auteurs de musique de films ne sont pas autant mis en avant que leurs confrères plus populaires pour des raisons en effet strictement commerciales : il est bien plus vendeur d'inscrire sur une pochette de film : BO de Fatboy Slim ou de Moby que Musique composée par Elliot Goldenthal. D'un point de vue juridique, l'affaire sera réglée en citant de manière bien obscure je l'avoue le nom du compositeur principal dans un coin de pochette.
interview(Gérard Dastugue) Il est bien entendu primordial de rendre justice aux créateurs, du moins aux exécutants. Rendons à César ce qui lui appartient… Le public a besoin de certains repères et les maisons de disques en sont conscientes. Il est alors bien plus simple de les diriger de manière souvent erronée et réductrice vers un nom à la tête des bacs de disquaires que vers une personnalité à la notoriété plus obscure. Le cas de Craig Armstrong est à ce titre assez révélateur : révélé par son travail sur ROMEO+JULIET, c'est vraiment avec son album solo THE SPACE BETWEEN US qu'il a pu glaner un auditoire qui ne le connaissait pas auparavant. Et le succès de son deuxième album semble confirmer cette tendance.

Comment rendre justice ?

interview(Gérard Dastugue) La tâche est difficile car le public se souviendra toujours plus d'un nom connu : exemple flagrant avec BATMAN où toute la campagne promotionnelle s'est basée sur le nom de PRINCE et sur son album dont seulement deux titres figurent dans le film. Affaire de communication : peut-être faut-il –certes avec parcimonie et diplomatie – forcer un peu le public et éviter de lui donner trop facilement ce qu'il peut attendre. Utopique, certainement.

interview(François Joncour) Le combat me semble démesuré mais pas inutile...

Comment accueillez-vous cette expression musicale issue de personnes dont ce n'est pas le métier ?
interview(François Joncour) Personnellement je considère qu'ils sont tous des musiciens, et si certains s'en sont fait une spécialité ce n'est peut-être que par défaut! Et au final on trouve des BO faites par des musiciens populaires bien plus convaincantes que par des "spécialistes" de la musique de film : Eric Serra vs Air...! Et que dire de Miles Davis! Je vous laisse choisir...

Que peuvent-ils apporter de neuf?
interview(Gérard Dastugue) La principale qualité des artistes venus de la scène électronique est peut-être justement dans leur non-académisme. Même si certains ont de longues années de Conservatoire derrière eux (Thomas Bangalter, Nicolas Errèra, etc), la majeure partie a emprunté une direction empirique, fondée sur leur passion de la musique et l'envie d'en créer à leur tour. Il en résulte forcément un non-formatage souvent très intéressant : le musicien qui découvre par lui-même, ne se rendant pas forcément compte de ce que la théorie musicale préconise ou abhorre, va tenter certaines choses qu'un compositeur ayant suivi une formation plus classique ou plus académique pourra être amené à refuser. Il y a souvent chez l'autodidacte une spontanéité très enrichissante. Combien de musiciens ayant écumé les bancs des Conservatoires sont incapables de trouver une mélodie ?

A l’inverse quels seraient leurs principaux travers?
interview
(François Joncour) De ne pas penser en terme d'image/son. Aussi il s'agit de savoir si "une bonne musique de film est celle que l'on entend pas" ou celle qui avec l'image s'empare du spectateur.
interview(Gérard Dastugue) Le manque de technique peut également limiter cet aspect expérimental. De même que les samples peuvent trouver des détracteurs, reprochant à la musique électronique de faire du neuf avec du vieux.

On parle de " culture cinématographique" pour les artistes à qui on a collé l'étiquette 'trip-hop' ...
interview(François Joncour) Partout de Beck à Björk, de Radiohead à The Divine Comedy, de Goldfrapp aux Little Rabbits, la BO figure en première ligne des revendications modernes. Dans la nébuleuse electro, il est une frange très orienté downtempo qui baptise son champ d'action "cinematic" par déférence envers ces bâtisseurs visionnaires (Morricon, Barry, Schifrin, Colombier, Mancini, Duhamel, Rozsa...)

On cite à l’envi leur vénération quasi unanime pour John Barry et Ennio Morricone et dans une moindre mesure Michel Le colombier, Lalo Schiffrin...

interview(François Joncour) plus proche de nous les Troublemakers dont l'un des fondateurs (Arnaud Taillefer) exprime même sur la pochette des remerciements en direction de François de Roubaix!

Avec une telle mise en abyme des référents ne risque-t-on pas de tourner en rond ?

interview(Gérard Dastugue)Le risque existe à n'en pas douter. Mise en abyme évidente, les noms auxquels se réfèrent les artistes électroniques sont aussi des noms connus du grand public. Dans le cadre d'une interview, il sera plus facile pour l'artiste de citer des pairs comme Barry ou Schifrin que des compositeurs plus périphériques comme François de Roubaix. Pourtant, c'est bien ce dernier que l'on retrouve samplé sur "Supreme", le hit de Robbie Williams, et déjà dans "Secret Defense" de Kheops en 1998. Certes, les mêmes noms ont dû influencer les artistes électroniques, mais on ne peut imaginer que toute leur culture ne tienne que sur deux ou trois noms. C'est dans la partie cachée de l'iceberg que se situent les variantes. Dans le titre "Rollin' n' Scratchin'" de Daft Punk, ne peut-on y déceler l'influence de Pierre Henry, alors que celui-ci ne figure pas dans les références revendiquées du groupe ?
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En préparant ce dossier envisagé sous l’angle "la musique de film a-t-elle besoin du trip-hop ?" force a été de constater que nous n’avions qu’une connaissance lacunaire du sujet .

Bande originale, soundtrack, score, musique de film, musique extraite de la bande originale, thème, thème du film… les termes abondent. Nous avons donc décidé de demander leur avis à ceux qui en parlent le mieux sur le web, à savoir traxzone.com et Hallucinez.com.
Interviews croisées de Gérard Dastugue et Pascal Knoerr pour Traxzone.com , François Joncour pour Hallucinez.com . Moteur



 

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