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partie 2 [Ils
n’ont pas d’images alors ils les provoquent ]
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Pour
vous le sampling c’est du vol, de la contrebande, du recyclage, un
emprunt, un procédé de vampirisation, un instrument comme
un autre ?
(François
Joncour) Les musiques down-tempo s'abreuvent
régulièrement à la source des BO, la brèche
ayant été largement ouverte par Portishead lorsque Sour
Times empruntait un extrait du soundtrack de More Mission Impossible
(The Danube Incident, Lalo Schifrin, 1968) Que
serait l'incroyable Glory Box sans le "Ike's Rap III" d' Isaac Hayes ?
Les mêmes Portishead truffaient Only You d'une ritournelle
chapardée à Henry Mancini, extraite de la BO de la Panthère
Rose (The Inspector Clouseau Theme). Pa strès loin de là,
les Bristoliens érudits d'Alpha ont écumé la discographie
de nos maîtres français pour nourrir les espaces climatiques
de l'excellent ComeFromHeaven. Francis lai avec JJ Johanson, Goldfrapp
avec Ennio Morricon, les exemples pleuvent sur la musique downtempo.
Savoir
où se situe la part de vol, de contrebande , de vampirisation là
dedans est une question qui ne peut que se résoudre au cas par
cas . Pour ma part j'estime que certains groupes effectuent un travail
d'une très grande originalité en ayant recours au sampling
et qu'il n'est pas toujours utilisé par manque d'imagination. J'ajouterai
même que beaucoup de groupes font de la vampirisation manifeste
sans avoir recours au sampler... Utilisé comme support ou de manière
ornementale le sampler est un magnifique outil qui nous a débarrassé
des inaudibles synthétiser des 80's!!!
Pourquoi
ces artistes qui créent un tel climat fonctionnent bien auprès
du public alors que les œuvres primaires ont une diffusion beaucoup plus
confidentielle ?
(Gérard
Dastugue) Le succès de ces artistes
peut s'expliquer de plusieurs manières. Tout d'abord, l'influence
"musique de film" joue sur deux niveaux : tout d'abord, une efficacité
souvent immédiate, une réponse émotionnelle forte
: ensuite, une nostalgie évidente quant à certains sons
et/ou thèmes utilisés. L'influence morriconienne dans Portishead
peut être perçue par un profane.
(François
Joncour) Il y a à peine dix ans la musique spécialement
écrite pour les films étaient plus que marginales chez les
disquaires. Seules ou presque les compilations de chansons diffusées
dans un film et les scores de l'inévitable Morricone étaient
vendues dans ces magasins.Aujourd'hui tout a changé : le rayon
BO dispose d'une place conséquente dans les grandes surfaces et
magasins spécialisés. Ce regain d'intérêt pour
les musiques de films provient du traitement que les jeunes générations
de musiciens ont fait subir à ce matériau. L'exemple le
plus parfait étant Portishead avec Lalo Schifrin. Les rythmiques
funk, les basses lancinantes des musiques de films sont devenues subitement
les ingrédients principaux dont se sont nourris les samplers récemment.
(Gérard
Dastugue) Le sampling est dans la continuité musicale de ce
qui se pratique depuis des siècles. Si La Fontaine a quasiment
"samplé" toutes les fables d'Esope, les compositeurs classiques
empruntaient aux autres des éléments, des structures auxquels
ils insufflaient leur propre subjectivité afin de repousser un
peu plus loin la valeur de l'original. Dans le phénomène
du sampling, l'important n'est pas le thème mais bien la façon
dont on le traite. Il est également nécessaire d'établir
un distinguo entre le sample et le remix, entre l'emprunt et la variation.
Lorsque Nicolas Errèra remixe le thème de FANTOMAS composé
par Michel Magne, il accorde l'original au cadre électronique de
la down-tempo et propose une nouvelle vision du thème, pouvant
même en accentuer certains pans (son remix est à ce titre
une vraie réussite, saluée même par les plus réfractaires
à la musique électronique). Lorsque le même Nicolas
Errèra sample avec Jean Croc le morceau "Tijuana Haute" de Philippe
Sarde (issu de la B.O.F. de LA VALISE), c'est pour créer un nouveau
morceau, totalement éloigné de l'élément samplé.
Vous
arrive-t-il de juger l’exercice de l’écriture d’une bande originale
de film à l’aune du propre univers de l’artiste ?
(Gérard
Dastugue) Bien entendu. Car si le travail de
composition pour l'image implique un certain assujettissement voire asservissement
à l'image (la musique de film venant généralement
en toute fin du processus de production )la personnalité et la
subjectivité du compositeur (par essence, son univers) se manifestent
inévitablement. Même dans le pastiche d'un style ou d'un
compositeur, le musicien se dévoile et incorpore de sa patte à
l'ensemble. Il y a parfois
des cas (tristes) de compositeurs sans personnalité, sans style,
sans univers.
Que
pensez-vous du travail de Craig Armstrong ? Il mène de front
activité d'orchestration classique, d'arrangement pour la musique
pop et de bande originales de films...
(Gérard
Dastugue) Le succès de Craig Armstrong résulte des
succès cultes de ROMEO+JULIET et MOULIN ROUGE essentiellement (peu
de gens, excepté les fans de musiques de films, ne parlent réellement
de ses autres compositions pour le cinéma). Le style extrêmement
mélancolique de ses albums "solo" apporte une touche "ambient",
et certains extraits se retrouvent sur de nombreuses compilations de musiques
électroniques.
Comprenez-vous
l’engouement du public pour son deuxième album ?
(Gérard
Dastugue) Là aussi, le système des "noms" fonctionne
pleinement : encore aujourd'hui, les spots télé de son deuxième
album le présente comme "l'arrangeur de Massive Attack".
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Quelques
noms et titres d'albums réputés pour leur "climat cinématographique"
(sic !) jetés en pâture à leur sagacité...
Snooze
the man in the shadow [crammed discs]
(Gérard
Dastugue)Le magnifique album de Snooze est là aussi d'une
influence cinématographique évidente.
Portishead
Dummy et Portishead [go ! beat]
(Pascal
Knoerr) Dummy est surtout très connu pour "Sour Times",
et c'est justement cette composition qui contient un sample de Lalo Schifrin.
De là à dire que tout l'album est influencé par la
musique de film...
[D'accord,
pas d'accord? Dites-le sur le forum (sujet: cinématique]
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